On a Saturday full of engines, reading Michel Serres.

Je ne puis, d’une part, sentir le lisier des porcs, pourtant biodégradable, frémir de nausée à l’orée des papeteries, souffrir d’asthme au voisinage des autoroutes, ouïr aussi, et d’autre part, les bruits d’un avion ou d’une moto sans que mon corps, animalement, comprenne que les émetteurs correspondants prennent, par ces odeurs, ces souillures et ces sons, possession de l’espace qu’ils habitent ou traversent. Des volumes qu’ils envahissent ainsi de leurs issues expansées, dures, matérielles, ou douces comme des abois ou des signes, ils excluent ma présence, mon existence, ma santé, ma respiration, ma tranquillité, bref, mon habitat. Comme tigres et lions, ils menacent ma vie, mes poumons et ma santé… quand ils entrent dans ma niche ou l’espace public; comme coqs ou moustiques, ils sonnent leur victoire sur l’étendue qu’ils occupent. Lesdits émetteurs envahissent; bref, ils s’approprient le monde.

Michel Serres, Le Mal Propre. Polluer pour s’approprier? pp. 42-43

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s